Le Sénégal s’est qualifié. Au bout de la nuit. Littéralement. Un pays entier a découvert qu’il pouvait souffrir de deux maladies à la fois, l’insomnie chronique et l’expertise footballistique aiguë. À cinq heures du matin, chaque salon s’était transformé en banc de touche. Les chauffeurs de taxi étaient devenus sélectionneurs. Les vendeurs de café tacticiens. Les retraités préparateurs physiques. Même les voisins qui confondent encore un corner avec un coup franc expliquaient comment se qualifier. Étrangement, tout le monde semblait connaître la recette. Sauf Pape Thiaw. Le sélectionneur nourrissait un rêve magnifique. Faire croire que le temps n’existe pas. Que quelques glorieux anciens pouvaient encore courir comme si leurs jambes avaient signé un CDI avec leurs vingt ans. Une théorie audacieuse, certes. Hélas, la physique s’est montrée moins patriotique que prévu. Puis, miracle. Les jeunes sont entrés. Et soudain, le ballon s’est souvenu qu’il était rond. L’Irak, qui avait eu la mauvaise idée de croire à l’exploit, a reçu une démonstration grandeur nature. Cinq buts. Oui, cinq. Au Sénégal, c’est un score qu’on regarde deux fois pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’une erreur de frappe. Les réseaux sociaux, eux, ont immédiatement rendu leur verdict. Le peuple avait demandé les jeunes. Le peuple avait raison. Le peuple demande désormais qu’on écoute un peu plus souvent le peuple. C’est dangereux, cette habitude de finir par donner raison aux supporteurs. Mais le plus délicieux reste le scénario. Notre vieux rival égyptien s’est retrouvé à défendre, malgré lui, les intérêts du Sénégal. Il fallait voir ça. Les pharaons gardiens involontaires de la Teranga. Le football possède décidément un sens de l’humour que les scénaristes de séries télé nous envient. Maintenant que le billet pour les seizièmes est composté, il serait dommage de recommencer les expériences scientifiques. Le coach mérite notre soutien. Mais quelqu’un devra lui souffler un détail : Thiaw n’est pas Guardiola. Et même Guardiola évite parfois de défier les lois de la nature. Le talent est là. Les jambes aussi. La confiance revient. Alors, autant s’en servir. D’autant que quelques factures attendent d’être réglées. La CAF nous doit bien quelques explications. Le Maroc quelques souvenirs. La Côte d’Ivoire quelques comptes. Et, tant qu’à faire, le reste du continent peut préparer le carnet de chèques. Une seule recommandation avant le prochain match. Évitez de faire attendre les jeunes jusqu’à la 85e minute. À force de vouloir réveiller les anciens, on risque surtout d’endormir tout un pays. Encore une nuit blanche, d’accord. Une nuit gâchée, beaucoup moins. Si. Di. (après une longue nuit à compter les points)
Sports- Mondial 2026 : Le peuple 5, les certitudes 0 – Par Sidy DIOP
