La création d’un ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme au Sénégal interroge sur sa cohérence et son efficacité. Cette analyse s’inscrit dans le contexte du remaniement ministériel du 6 septembre 2025. Derrière l’apparente complémentarité, les logiques qui gouvernent ces trois secteurs sont en réalité très différentes.
Culture et éducation : une cohérence naturelle
Il faut distinguer deux dimensions de la culture :
La culture visible (monuments, musées, festivals, artisanat, gastronomie) qui nourrit directement l’offre touristique.
La culture invisible (valeurs, croyances, hospitalité) qui n’attire pas les touristes en soi, mais constitue un socle indispensable : sans stabilité, sécurité ni convivialité, aucun développement touristique n’est possible. Vouloir arrimer la culture au tourisme, c’est donc ignorer que son rôle dépasse largement la simple fonction d’« attraction ». La culture est d’abord un outil de formation citoyenne. Elle englobe non seulement les arts et le patrimoine, mais aussi les valeurs sociétales et civiques. Elle façonne l’identité nationale et nourrit la mémoire collective. Sa place paraît donc plus proche de l’éducation, qui transmet ces savoirs et ces valeurs aux générations futures.
Artisanat : un moteur de transformation économique
L’artisanat est, après l’agriculture et le commerce, le plus grand pourvoyeur d’emplois au Sénégal. Mais il serait réducteur de le limiter à l’artisanat d’art. Il englobe aussi des métiers essentiels dans le bâtiment, la mécanique, la menuiserie, la couture, la transformation agroalimentaire, etc. Autrement dit, il couvre un pan vital de l’économie populaire et urbaine. Au-delà de l’emploi, l’artisanat est un levier de transformation structurelle. En valorisant les savoir-faire locaux et en stimulant la production nationale, il peut réduire la dépendance aux importations et servir de base à une industrialisation légère. Son avenir se joue davantage aux côtés de l’économie, des PME et de l’industrie, pour l’ancrer dans une politique de modernisation, de financement et d’innovation.
Tourisme : entre transports et commerce
Le tourisme est une industrie de services, dépendante des infrastructures, de la connectivité et de la qualité de l’accueil. Naturellement, il s’articule avec les transports et les infrastructures. Mais dans une logique de rationalisation budgétaire, il pourrait aussi être rattaché au commerce, car il s’agit d’une activité d’exportation de services générant des recettes en devises. Sa promotion relève du même marketing international que celui des biens et produits sénégalais.
En conclusion : Le triptyque « Culture – Artisanat – Tourisme » apparaît comme un mariage contre-nature :
La culture se rapproche de l’éducation, l’artisanat, qui va bien au-delà de l’artisanat d’art, est un pilier économique et industriel, le tourisme partage la logique d’exportation du commerce. Pour être efficace, le Sénégal doit éviter les regroupements artificiels et organiser ses ministères selon des logiques de développement cohérentes, afin de donner à chaque secteur les moyens de jouer pleinement son rôle.
Pr Amath Ndiaye FASEG-UCAD
