Accueil » CAN 2023 : Impact économique des décisions controversées de la Fédération ivoirienne de football

CAN 2023 : Impact économique des décisions controversées de la Fédération ivoirienne de football

La tenue de la Coupe d’Afrique des Nations de football 2023 en Côte d’Ivoire, du 13 janvier au 11 février 2024, était initialement perçue comme une opportunité économique majeure pour la population, surtout les entrepreneurs. Cependant, cet enthousiasme a vite été entaché par les décisions prises par la Fédération Ivoirienne de Football (FIF). La tarification des maillots officiels de l’équipe nationale à 60 000 FCFA a suscité un profond mécontentement chez les entrepreneurs locaux. Les alternatives locales, proposées par des artisans à des prix variant entre 10 000 et 15 000 FCFA, ont rencontré un plus grand succès auprès des citoyens. Ces écarts de prix ont exacerbé les inquiétudes concernant l’accessibilité aux produits officiels et ont affecté directement le pouvoir d’achat des habitants ainsi que les perspectives économiques des entrepreneurs. « Cette décision est mal appréciée par une bonne partie de la population qui la vit comme un frein à leurs affaires. Un choc qui va décourager certains, mais parallèlement peut réveiller le génie ivoirien, avec l’éclosion d’initiatives originales pour la contourner » estime Julien Ogou, le sourire au coin des lèvres. Cindy Marie Eve confirme ce mécontentement en déclarant : « Je suis très déçue. Surtout parce que le Président de la Fédération, en tant qu’homme d’affaires, aurait dû être plus attentif aux besoins des Ivoiriens qui pensaient se refaire une santé financière grâce à la Coupe d’Afrique. « Dans une vidéo devenue virale, la TikTokeuse ivoirienne Jolie Havi a exprimé son mécontentement : « J’aurais appris que nos maillots de 25 mille FCFA ne seront pas autorisés au stade. C’est-à-dire que pour pouvoir supporter notre équipe, on doit forcément payer les maillots de 60 mille FCFA. Je me suis préparée en conséquence. Vous exigez que nous achetions des maillots de 60 mille non ? Moi j’irai au stade avec mon maillot de 25 mille FCFA. Si vous m’interdisez de rentrer, j’enlève et je porte celui du Cameroun. « L’interdiction de diffuser les matchs dans les lieux publics a également provoqué un tumulte au sein de la communauté entrepreneuriale. Mama Leontine Aboussou qui avait envisagé d’aménager un espace près du stade municipal de Koumassi, exprime sa déception : « Dans tous les pays du monde, c’est l’État lui-même qui encourage les initiatives citoyennes en de pareilles circonstances. Pourquoi nous Ivoiriens, sommes-nous si méchants entre nous ? C’est vraiment désolant », illustrant la frustration partagée par de nombreux entrepreneurs à l’image de ce tenancier de maquis qui passait : « On m’a demandé de me soumettre à certaines exigences pour diffuser les matchs dans mon maquis, alors que j’ai bâti cette entreprise avec mes propres moyens, sans aucun soutien extérieur. Cela ne contribue en rien à apaiser la population, n’est-ce pas ? » Une question qui turlupine Mme Rita Koffi, un entrepreneur du secteur de la brasserie – restauration, devant son restaurant – bar en rénovation qui elle aussi s’interroge avec amertume « Comment pouvons-nous nous développer si nos propres dirigeants ne soutiennent pas nos initiatives ? « Des interpellations qui vont certainement être prises au sérieux par François Amichia Albert, à double titre : il est le président du Comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de football 2023 (COCAN) et maire de la commune de Treichville. Lui qui fait face au quotidien à une réalité économique complexe dans sa commune. En effet, avec une population estimée à 106 552 habitants et un taux de chômage élevé de 25,8 %, le Treichville est dans une situation économique pas reluisante avec un revenu quotidien par personne estimé à 661 francs CFA (ONU Habitat, 2012). Mais malgré ces défis, les entrepreneurs ont montré leur résilience en proposant des alternatives aux maillots officiels et en cherchant des solutions créatives pour contourner les restrictions de diffusion des matchs dans les espaces publics. Toutefois, cette situation a engendré un malaise général parmi les entrepreneurs, remettant en question l’engagement des autorités à soutenir l’économie locale lors d’un événement sportif international de cette envergure. Ces décisions controversées ont clairement des répercussions économiques, incitant les entrepreneurs à réclamer une réévaluation de ces politiques restrictives pour exploiter pleinement les opportunités économiques de la Coupe d’Afrique des Nations et contribuer activement au développement économique du pays.

Aicha DRAME Correspondante à Abidjan

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *